le 21 mai 2026
Un programme de référence est un accord informel entre un pays membre et les services du FMI en vertu duquel ces derniers assurent le suivi du programme économique du pays. De ce fait, il n’implique pas l’appui du conseil d’administration du FMI. Les rapports des services du FMI au titre des programmes de référence sont transmis au conseil d’administration pour information.
- La direction du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé la troisième revue du programme de référence en faveur d’Haïti, ainsi que la demande des autorités de prolonger la durée du programme jusqu’au 19 juin 2027. Tous les objectifs du programme ont été atteints à fin décembre 2025. La mise en œuvre des réformes continue d’avancer, quoique les progrès aient été plus lents que prévu dans certains domaines, en raison des conditions de sécurité, des contraintes de capacité et des incertitudes politiques.
- La prolongation du programme de référence contribuera à ancrer la stabilité macroéconomique et à entretenir la dynamique des réformes durant la transition politique. Les autorités continuent de démontrer leur appropriation du programme de référence et de collaborer avec les services du FMI par l’entremise du comité de haut niveau chargé de son suivi.
- La persistance de l’insécurité, la fragilité de la situation politique et la récente hausse des cours internationaux du pétrole aggravent la situation humanitaire et économique dramatique du pays. Les services du FMI encouragent les autorités à tirer parti des marges disponibles pour atténuer les chocs, protéger les populations les plus vulnérables et adapter l’exécution des politiques à l’évolution de la conjoncture.
Washington, DC: La direction du Fonds monétaire international (FMI) a approuvé le 5 mai 2026 la troisième revue du programme de référence en faveur d’Haïti, y compris la demande des autorités de prolonger la durée du programme jusqu’au 19 juin 2027. Un programme de référence est un accord informel entre les autorités d’un pays et le FMI pour assurer le suivi de l’exécution du programme économique des autorités, et établir des antécédents de mise en œuvre de leur politique économique, susceptibles d’ouvrir la voie à une aide financière du FMI dans la tranche supérieure de crédit. Le programme de référence d’Haïti est adapté au contexte du pays, caractérisé par de graves problèmes de sécurité, de fragilité institutionnelle et de contraintes de capacité. Il accompagne les priorités des autorités au regard de la stabilisation économique, du renforcement de la gouvernance, de la lutte contre la corruption et de la consolidation du dispositif de protection sociale.
Haïti continue de se heurter à une profonde crise humanitaire et sécuritaire, aggravée par des chocs récurrents et une transition politique fragile. Les gangs continuent de saper l’autorité de l’État et quelque 5,7 millions de personnes sont menacées par l’insécurité alimentaire et 1,45 million de personnes sont des déplacés internes. Le choc pétrolier provoqué par la guerre au Moyen-Orient constitue un obstacle majeur qui provoque une hausse notable de la facture des importations de carburant et du coût des subventions implicites et aggrave une situation budgétaire déjà fragile. Ces tensions alourdissent l’impact de l’ouragan Melissa d’octobre 2025 qui a bouleversé l’activité économique et exacerbé les besoins humanitaires. Haïti traverse en outre une fragile transition politique qui devrait aboutir à la tenue d’élections générales vers la fin de l’année, les premières en dix ans. La Force de répression des gangs (FRG) appuyée par les Nations Unies a commencé à être déployée en avril 2026 et devrait l’être entièrement en octobre 2026. Cela pourrait contribuer à rétablir la sécurité et à accompagner la reprise.
La situation économique demeure très délicate. Durant l’exercice 2025, le PIB réel a accusé une contraction pour la septième année consécutive et une autre contraction est prévue pour l’exercice 2026. L’inflation a récemment enregistré un repli, mais elle reste élevée. L’intermédiation financière a continué de s’affaiblir sur fond d’essoufflement de l’activité économique et d’incertitude grandissante. La réduction du crédit bancaire et la désintermédiation financière ont contribué à améliorer les ratios de prêts improductifs, tandis que les ratios de fonds propres demeurent bien supérieurs aux minimums réglementaires.
En dépit d’une détérioration de l’environnement extérieur, les volants de réserves internationales demeurent adéquats. La montée des cours internationaux du pétrole pèse sur la situation extérieure, mais la solidité des envois de fonds atténue en partie ces tensions. Le solde des transactions courantes devrait s’affaiblir durant l’exercice 2026, mais il se maintiendra globalement en équilibre. Les réserves internationales brutes devraient s’établir à environ 3,4 milliards de dollars à la fin de l’exercice 2026, soit l’équivalent de plus de sept mois d’importations prospectives de biens et de services. Le taux de change nominal est resté stable.
La politique budgétaire continue de se heurter à la persistance des problèmes sécuritaires, des faiblesses institutionnelles et des contraintes de marge de manœuvre. Pour l’exercice 2026, les résultats en matière de recettes ont été faibles en raison des perturbations de l’activité économique, des fragilités administratives et de la paralysie institutionnelle provoquées par l’expiration du mandat du Conseil présidentiel de transition. Le renchérissement des cours internationaux du pétrole devrait aggraver les tensions en raison de l’augmentation des coûts des subventions implicites malgré la décision prise par les autorités d’accroître les prix intérieurs des carburants en avril. L’exécution budgétaire demeure inégale, d’où l’importance d’établir un ordre de priorités dans les dépenses tout en préservant le soutien aux populations les plus vulnérables.
Les risques qui pèsent sur les perspectives sont plutôt de nature baissière. Une détérioration encore plus marquée des conditions de sécurité, conjuguée à une montée persistante des cours mondiaux du pétrole, pourrait brider davantage l’activité économique, aggraver la situation humanitaire en raison du renchérissement des denrées alimentaires, et accentuer les tensions budgétaires. D’éventuels changements dans les politiques d’immigration à l’étranger pourraient ralentir les flux d’envois de fonds, ce qui nuirait à la position extérieure.
Tous les objectifs du programme ont été atteints à fin décembre 2025. L’accumulation de réserves a été soutenue, les réserves internationales nettes ayant atteint 1,76 milliard de dollars en décembre 2025. Les résultats en matière de recettes, de solde primaire et de dépenses sociales sont restés conformes aux objectifs. L’objectif de financement monétaire a lui aussi été atteint en dépit d’un espace budgétaire de plus en plus restreint. Le programme de réformes, qui porte sur la gouvernance, la gestion des finances publiques, les sauvegardes et la communication de données, continue de progresser avec certes des retards dans certains domaines.
La sécurité demeure une priorité absolue, mais le programme de référence continuera d’insister sur les axes suivants :
Renforcement de la gouvernance et lutte contre la corruption, éléments essentiels pour rétablir la confiance dans les institutions publiques et surmonter la fragilité. Les réformes ancrées dans le Rapport sur le diagnostic de la gouvernance visent à renforcer l’intégrité et l’efficacité des institutions publiques, notamment au moyen d’une gestion plus transparente des finances publiques, de garanties plus solides en matière d’administration des recettes, et de mécanismes plus efficaces pour prévenir et combattre la corruption, le crime organisé et les activités financières illicites. Les efforts visant à renforcer davantage le cadre de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme — notamment par la publication de l’évaluation nationale des risques récemment achevée et la correction des lacunes restantes — sont également essentiels pour renforcer l’intégrité financière et aider Haïti à sortir de la liste grise du Groupe d’action financière.
Intensification des efforts de mobilisation des recettes, compte tenu de la base de recettes très faible d’Haïti et de ses besoins considérables en matière de sécurité et de développement. La hausse des cours internationaux du pétrole rétrécit l’espace budgétaire, et il est donc d’autant plus important d’accélérer les réformes des administrations fiscale et douanière, notamment en rendant opérationnel le nouveau code fiscal, en renforçant l’infrastructure numérique et en améliorant la conformité aux obligations fiscales, notamment chez les gros contribuables. L’ajustement des prix des carburants réduira le manque à percevoir résultant du choc pétrolier. Il est toutefois essentiel de compléter ces décisions par des mesures destinées à protéger les plus vulnérables, notamment en mobilisant le reste des ressources approuvées en 2023 au titre du guichet de financement des ripostes aux chocs alimentaires du FMI.
Amélioration de l’exécution budgétaire pour veiller à ce que les ressources publiques limitées soient effectivement consacrées à des dépenses sociales, humanitaires et sécuritaires prioritaires dans un contexte de besoins grandissants. Il faut pour cela renforcer la gestion de trésorerie, durcir le contrôle des engagements et améliorer la préparation et la hiérarchisation des projets d’investissement public. Il est également essentiel de garantir la fourniture efficace et rapide de l’aide publique, de renforcer l’exécution des dépenses sociales et de préserver le soutien en faveur des ménages vulnérables. Ensemble, ces mesures contribueront à rehausser l’efficience des dépenses, à améliorer la gestion des risques budgétaires et à permettre aux dépenses publiques d’apporter un meilleur soutien aux actions de développement et de reconstruction.
Renforcement du cadre de politique monétaire et de la crédibilité de la banque centrale. La stabilité du taux de change a fourni un important point d’ancrage nominal à l’économie. Face au choc pétrolier, il est essentiel de préserver un niveau suffisant de réserves tout en utilisant la marge disponible de manière temporaire et prudemment calibrée pour gérer les tensions exogènes. La pleine mise en application du nouveau cadre de gestion des réserves, notamment des directives et politiques de placement actualisées, contribuera à renforcer la gouvernance de la banque centrale.
Amélioration des cadres de réglementation et de contrôle au sein du système financier. Les autorités avancent dans le renforcement du contrôle bancaire fondé sur les risques, notamment grâce au déploiement continu des inspections sur site et à l’amélioration du suivi sur pièces des profils de risque des banques. Un travail a été engagé pour mettre en application le nouveau cadre de supervision, intégrer les outils d’évaluation des risques dans l’architecture de contrôle de la Banque de la République d’Haïti (BRH), et parachever le nouveau plan comptable pour les institutions financières. Ces réformes permettront de sauvegarder la stabilité financière et de renforcer la résilience du système bancaire.
Amélioration de la qualité et de l’actualité des données. La BRH a mené à terme l’élaboration des états financiers et l’audit de l’exercice 2023 et a entamé l’audit de l’exercice 2024. La poursuite de l’application des recommandations de l’évaluation des sauvegardes renforcera la gouvernance et la gestion des risques de la banque centrale. Le travail se poursuit pour renforcer les dispositifs de communication des données, y compris par le formulaire type sur les réserves internationales et la liquidité en devises, les statistiques de finances publiques et de secteur extérieur, et les indicateurs de solidité financière.
Collaboration avec les partenaires techniques et financiers pour gérer le niveau élevé de risques budgétaires et préserver la stabilité macroéconomique ainsi que le programme de réformes. Face au regain de tensions sur les cours du pétrole, les écarts de financement risquent de plus en plus de provoquer une accumulation de dette intérieure susceptible de compromettre le bilan du secteur public. Le soutien extérieur devrait être principalement fourni sous la forme de dons plutôt que d’emprunts non concessionnels. Ce soutien, conjugué à des exigences rigoureuses en matière d’évaluation et de transparence pour les opérations financées par les bailleurs de fonds, contribuerait à préserver le bilan du secteur public, à consolider les progrès réalisés dans le cadre du programme, et à favoriser une reprise durable capable d’améliorer les conditions de vie du peuple haïtien.
Conformément à la stratégie du FMI pour les pays fragiles ou touchés par un conflit, les services du FMI continueront de travailler en étroite collaboration avec les principaux partenaires techniques et financiers d’Haïti, en particulier sur la gouvernance et le renforcement des capacités institutionnelles.
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